le dentiste de la mort

C’est dans un vieux batiment que j’entre. La fraicheur de la pierre ancienne apaise le bouillonnement induit par la chaleur ambiante sur mes tissues organiques. Je crève de chaud quoi.

Sur la boite aux lettres le nom à consonance viet est un début de confirmation. J’avais rdv chez un dentiste. Ma molaire faisant dans le style gruyère était orné d’un joli trou qui avait la facheuse tendance à croitre.

Assez angoissant en fait cette sensation quand la langue passe sur les bords effilés de la cassure. J’en ai encore des frissons, rien que d’y penser.

ça devait faire 3 semaines qu’en passant ma langue sur le bord de cette molaire, je sentais une faille qui augmentait, parfois même des vibrations. J’aurai presque voulu y plonger un cure dent pour en connaitre la profondeur.

Cette dent c’est tout une histoire.

D’abord étant asiatique, mon génôme trahit une carence en calcium et une machoire trop menu pour des dents trop grandes. Ce qui à la poussée de mes dents définitives m’offrit des dents de vampires carnaciés vite remarquées dans la cours de récré en primaire. L’honneté des enfants est parfois cruelle.
J’étais pas le plus malchanceux, il y a des machoires asiat’ plus affreuses.

Ensuite, cette fameuse molaire a subit des interventions multiples au cours desquelles je découvris que je faisais du Taureaudentisme. Moi, aussi, je pensais qu’il s’agissait d’une activité sportive.

Constatant ma méprise, le dentiste d’alors m’apprit que le taureaudentisme caractérisait les personnes non pas qui ont des dents de taureau mais des racines en forme de cornes de taureau, et donc trop courtes éventuellement pour des interventions lourdes. Donc exit, les sports de combats ou le rugby.

C’est ce que j’exposa au dentiste viet en face de moi pour tenter d’expliquer pourquoi malgré la cassure sur ma dent et le trou béant, aucune douleur n’était à signaler.

Avec mon obsession de la discrimination positive (j’aime bien faire gratter les « estrangers »), j’avais choisi ce dentiste viet par conviction.

Bien mal m’en prit.

Après avoir observé ma machoire, il me demanda très professionnellement:

« Elle est où votre carie? »

La tête en arrière, je me concentrai sur les vieux néons du plafond histoire de cacher ma panique.

Bordel, c’est lui le professionnel, non? Lorsqu’il extirpa ses instruments de ma bouche, je tentai une description plus riche qui fut suivi d’un acquiecement. La stéréo entamait une reprise « it’s raining men » au philharmonique accompagnée du sifflotement du dentiste derrière son masque en papier.

Et pendant qu’il s’affairait sur la dent, je me jurais de ne plus jamais remettre les pieds sur sa vieille moquette.

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